Cette semaine, nouvelle page du feuilleton de la dépendance au pétrole. Après une minutieuse analyse, l’ICPP (l'Institut canadien des produits pétroliers) a conclu qu’il y a trop de stations d’essence au Québec (!). Bien sur le fait que cette analyse soit faite par un institut « indépendant » est une manière habile d’éviter qu’on parle d’oligopole; les grands producteurs ne se sont pas entendus en secret sur une réduction des points de vente mais ils sont tous d’accord avec l’étude publiée par un organisme indépendant (…).
Et si ce n’était que ça. Fermer des stations d’essence est, malgré un communiqué de presse enthousiaste, un assaut frontal sur le Québec et tous ses citoyens, rien de moins.
En un premier temps, moins de stations d’essence veut dire plus de trajet à parcourir pour faire le plein. Donc nécessairement plus d’essence gaspillée, plus de pollution et tout ceci aux frais du consommateur. Et pas bon pour Kyoto en plus de ça.
C’est aussi une manière certaine de réduire la compétition. Malgré les prix planchers, le principe de compétition reste un facteur déterminant dans notre économie. Un groupe d’entreprises qui s’entendent pour réduire la compétition en créant de la rareté devient un oligopole, peu importe la forme que prend cette entente.
Finalement une réduction des stations d’essence est, à coup sur, une réduction dans le réinvestissement local, et pour plusieurs raisons. Moins de stations veut dire mise à pied massive de personnel, un réseau de distribution qui requiert moins de camionneurs et finalement moins de taxes foncières. Trois pertes qui reviendront hanter le contribuable par la bande. Pendant ce temps, l’industrie engrange des profits astronomiques et ne souffre nullement de quelques stations additionnelles (voir étude de Léo-Paul Lauzon sur cette question).
Un petit baume toutefois. Si jamais une réduction des stations d’essence est effectuée, l’ICPP prévoit une baisse spectaculaire de 1,5¢ le litre. Décidément, il y a des économistes qui gagneraient bien leur vie en tant qu’humoristes. Mais sur tous les autres points, les québécois y sont grands perdants. Toute personne vous disant le contraire est de mauvaise foi ou vous ment.
Finalement, sachant que l’industrie du pétrole a racheté presque toutes les actions dans les dernières années et sachant qu’elle a déjà créé de la rareté en fermant plusieurs de ses raffineries, cette dernière étude confirme son manque de respect pour ses clients. Et elle confirme aussi la présence d’un oligopole, quoi qu’en dise les études de la régie de l’énergie et les relationnistes de presse.
vendredi 29 juin 2007
Le cœur d’or noir des pétrolières
samedi 16 juin 2007
Les 11 péchés de l'industrie du pétrole
Sophie Cousineau a abordé cette semaine un sujet épineux, à savoir comment se fait-il que beaucoup des prix sont restés les mêmes, malgré le fait que le dollar Canadien se porte très bien par les temps qui courent? Est-ce vraiment si difficile d'ajuster le prix ou quelqu'un se paye-t-il une Audi en argent massif à nos dépens?
La conversation est inévitablement tombée sur la question des pétrolères. J'avoue mon ignorance des faits techniques. Mais sur la forme alors, ça fait quelques temps que je les observe. D'ailleurs grâce à Léo Paul Lauzon leurs petites combines sont on ne peut plus claires (pdf) ...
HA! Demander aux pétrolières d'arrêter de mentir? Bonne chance.
Ça fait longtemps qu'ils l'ont la combine!
1. À la moindre fluctuation, à la moindre excuse, le prix augmente.
2. Un événement majeur est requis pour baisser un peu le prix
3. Toujours raffiner un peu moins que la demande - ça garde le prix élevé et quand arrive un accident, grosse augmentation!
4. Revendre au prix sur le marché d'aujourd'hui une essence stockée depuis au moins 6 mois (grosse source de revenus!).
5. Convaincre les gouvernements et les consommateurs qu'un produit essentiel peut et doit être laissé à la spéculation boursière, échapper à tout contrôle.
6. Littéralement arrêter de chercher pour du pétrole mais annoncer qu'on va avoir une pénurie d'ici peu. Parce que trouver une réserve voudrait dire une baisse de prix.
7. Racheter toutes les actions et garder un petit noyau dur de personnes qui profitent alors que nous sommes tous concernés
8. Clamer l’indépendance mais tout le monde ajuste son prix en même temps, se ligue dans une association de producteurs pétroliers et transige entre pétrolières en cas de boycott ou de pression du marché.
9. Tramage en arrière fond pour empêcher la sortie sur le marché de solutions alternatives, au grand mépris de l’environnement.
10. Un lobby qui fait honte aux citoyens canadiens en faisant passer cette industrie en premier sur la liste des priorités du gouvernement. Kyoto ou sable bitumineux? Les canadiens épongeront plus tard, c’est pas grave.
11. Et le taux de change? Comme tout le reste, les prix à la pompe n’ont plus rapport avec le marché. On nage dans un délire digne d’Ionesco … ah Georges Buisson fils a un bouton sur le nez? Vite, spéculons sur le prix du baril de Brent !